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Rideau Hall

jan
18
2010

En quoi votre écriture est-elle ‘canadienne’?

par Dr. Roseann O'Reilly Runte

Voici un sujet merveilleux.  Il s’agit de l’impossible, pourtant rempli de possibilités, un sujet à la fois ironique et onirique. Yi-Fu Tuan, dans son livre, Space and Place, remarque que l’espace nous donne notre identité , mais nous façonnons l’espace à notre image.  L’histoire qui se passe dans un endroit change son identité à jamais. Il fait dans un sens écho à Hippolyte Taine qui parle de la race, du moment et du milieu qui sont les éléments qui influencent l’histoire et les êtres humains qui font et qui vivent le moment.

Robertson Davies a dit que notre pays est déchiré entre un « esprit nordique et extraordinairement mystique qui lui inspire la crainte, et le désir de se présenter au monde en tant que banquier écossais. » Pour lui, le Canada était à la fois solennel et poétique. Ce point de vue n’était pas uniquement celui des anglophones.  Pensons à Gilles Vigneault, avec le refrain d’une de ses chansons décrivant « la blanche cérémonie où la neige au vent se marie, » pour ressentir simultanément « la froidure »  et « la beauté ». Même Champlain et de Meules ont mentionné dans leurs écrits les arbres chétifs, trop chétifs pour en faire des mâts, tandis que Longfellow, en voyant les mêmes boisés, les a décrits ainsi : « C’est la forêt primitive. Les pins sonores, les sapins barbelés de mousse… semblables aux druides des anciens âges… »

Le poète américain Wallace Stevens a parlé du territoire au sud, dans un poème intitulé Description Without a Place. Au Canada, nous avons un lieu, que nous ne cessons de décrire. Nous considérons que c’est un lieu avec ou sans mythe. Northrop Frye a cité E. Birney, à titre d’exemple, dans son ouvrage intitulé  Haunted by a Lack of Ghosts. Douglas Le Pan était célèbre pour cette phrase : « Un pays sans mythologie ». Jan Morris, rédacteur touristique, a décrit Ottawa comme étant « la métropole à demi-imaginaire du grand pays solitaire ».  Dernièrement, Charles Taylor a souligné le conflit entre le mythe et la réalité, dans son livre A Secular Age

On a décrit le Canada comme étant un lieu avec et sans histoire, un lieu sans personne et un lieu avec une population spéciale, un lieu dans la nature et un lieu qui ne la respecte pas. Si nous détruisons l’environnement, il faudra se poser la question que s’est posé Herménégilde Chiasson, « Qu’est-ce que ça veut dire, venir de nulle part? »

En découvrant un lieu, nous nous découvrons nous-mêmes. Cette vérité n’est pas nouvelle. Elle a été énoncée et illustrée par Roland Barthes, dans L’Empire des signes. En découvrant le lieu où nous vivons, notre environnement, nous nous découvrons nous-mêmes. C’est à la fois intéressant et ironique. Nous nous définissons continuellement nous-mêmes en tant que pays que nous ne connaissons pas et en tant que mythe que nous n’avons jamais vu (et qui n’est peut-être même pas tel que nous le décrivons, à moins que nous nous en rappelions vraiment ainsi que des miroirs qui sont décrits).

Le pays est plus que son territoire; ce sont généralement les gens qui sont définis par le passé, par le lieu d’où ils viennent. Northrop Frye a écrit que, dans la littérature canadienne ancienne, le Canada y est décrit comme « une sorte de colonie non pénale appropriée au repentir et aux ménagères irlandaises ». Arthur Kroeger a écrit au sujet de ses ancêtres Mennonites en Russie, et David Azrieli au sujet de son périple européen qui a pris fin ici.

Quant au présent, nous voyons des gens dépeints comme étant toujours en mouvement, se déplaçant à travers le pays et partout dans le monde. Comme Desbiens, de Sudbury, ils écrivent de quelque part entre Vancouver et Gaspésie.  Pour ce qui est d’Andrew Parkin, il internationalise le voyage en parlant, dans son poème Postcard to Happy Valley où il décrit une feuille d’érable à Hong Kong, de déployer ses ailes comme un aigle.

Nous observons également le phénomène du soi considéré à la fois en tant qu’individu et que membre d’un groupe. F.R. Scott décrit la vue à bord d’un avion survolant le Canada et fait remarquer que chaque pays qu’il voit est un « I land », un jeu de mots en anglais faisant allusion à une « île » et au  « pays du moi ». Le pays appartient à celui qui le voit, à celui qui s’y établit, au voyageur qui le possède, ne serait ce qu’un bref instant. John Ralston Saul, dans son ouvrage A Fair Country. Telling Truths About Canada, soulève la question des droits de propriété des Autochtones non seulement en ce qui a trait au territoire mais également au tissu social.

Le territoire est en outre décrit comme étant du ressort de l’imaginaire et du mot, car ce sont les êtres humains qui créent les mythes, que ce soit le dieu des volcans, du tonnerre, ou même de Niagara. L’écrivain acadien, G. Le Blanc, a très bien dit, « l’identité est un mot avant d’être un lieu. »

Dans la littérature, l’identité canadienne se définit par le temps, l’espace, le lieu et l’interface entre l’individu/culture et l’éducation. Sujet incomplet et en constante évolution, il reflète le titre de la réponse d’Andrew Cohen au livre de Michael Adams, Fire and Ice, The Unfinished Canadian.

Nos conférenciers, aujourd’hui, traitent du Nord, du territoire et de leurs interactions avec autrui. Pour Serge Bouchard, la terre est un lieu d’identité, elle est Madame et le peuple est son sujet. Pour Noah Richler, le territoire, c’est là où il s’est découvert quand il était jeune et où il trouve son inspiration, tout comme tant d’autres auteurs qu’il présente dans son livre intitulé This is My Country. What’s Yours. A Literary Atlas of Canada.

1 Commentaires

Hello Dr.Roseanne...

I feel compelled to reply to your marvelous ability to educate people through your speak. I would like to know if you have books out?

"Acadian writer G.LeBlanc said it best when he said that identity is a word first, then a place."

Here is a quote I use often in my writing:

"Words are the only thing that lasts forever"

Below is a quote from Foresta Gump.

Identity is the self's creator

Thank you for enriching my knowledge.

Foresta Gump - le 27 janvier 2010-01:42:35

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